Économie de l’hydrogène : opportunités pour les pays en développement

À mesure que l’intérêt pour l’économie de l’hydrogène croît, nombreux estiment que permettre aux pays en développement de participer débloquerait des bénéfices mutuels et de grande envergure. Les progrès sont possibles, mais leur réalisation n’est pas aussi simple qu’il paraît. La collaboration sera l’un des éléments clés du succès, accompagnée d’efforts conscients pour identifier et surmonter les obstacles susceptibles de faire échouer les projets.

Fixer des objectifs clairs en matière d’énergie propre pour les pays en développement est un excellent point de départ, mais il faut aussi disposer de stratégies viables pour les atteindre. Malheureusement, une étude menée en 2025 a révélé des retards notables dans les projets prévus d’hydrogène vert.

Les chercheurs ont examiné les intentions de production d’hydrogène pour 2023, en mesurant la fréquence à laquelle les buts de l’année ont été atteints. Ils ont analysé 1 232 projets annoncés dans le monde et ont constaté que les coûts élevés qui y sont associés constituaient des obstacles importants que les acteurs hésitaient à supporter. Ces résultats signifiaient que la mise en œuvre n’a eu lieu que pour 7 % des projets rendus publics.

Cependant, les chercheurs constatent un intérêt persistant. Par exemple, le nombre de projets d’hydrogène annoncés a presque triplé au cours des trois dernières années, mais d’autres éléments prouvent que les coûts réels pourraient être sous-estimés. Les données de l’étude indiquent que les projets nécessitent environ 1 000 milliards de dollars américains de subventions supplémentaires pour le soutien financier.

Les chercheurs préconisent une stratégie combinée pour combler l’écart entre les intentions et la mise en œuvre, en utilisant des subventions directes et des régulations du côté de la demande à court terme et en s’appuyant sur une base réaliste et une approche robuste pour une adoption à long terme.

Un programme de la Banque mondiale destiné aux marchés émergents et aux pays en développement a récemment apporté 1,5 milliard de dollars de financement pour promouvoir l’hydrogène vert et les électrolyseurs. On estime que les améliorations attendues rendues possibles grâce au soutien de la banque permettront de produire 450 000 tonnes métriques d’hydrogène vert et 1 500 MW d’électrolyseurs chaque année. Comme ces développements augmenteront également la capacité électrique renouvelable du pays, ils devraient réduire les émissions de 50 millions de tonnes par an. 

L’initiative fait partie du partenariat Hydrogène pour le Développement de la Banque mondiale et s’aligne sur la stratégie de sécurité énergétique plus large du ministère indien de l’Énergie. Cela illustre pourquoi les dirigeants des pays en développement doivent se familiariser avec les programmes pertinents et définir des objectifs clairs afin d’attirer l’attention de ceux qui allouent les fonds.

– Pénuries de main-d’œuvre et transfert de connaissances

Une participation réussie à l’économie de l’hydrogène exige une main-d’œuvre locale adéquate et une expertise technique. Former les personnes sur place et envoyer des experts internationaux pour superviser les travaux prend du temps et nécessite des efforts bien coordonnés. De plus, les acteurs des pays en développement doivent quantifier l’ampleur des pénuries de main-d’œuvre existantes afin de tracer une voie réalisable à suivre.

En 2024, le gouvernement sud-africain a publié un rapport visant à identifier les compétences nécessaires pour que le pays participe à la chaîne de valeur de l’hydrogène. Il a recensé 138 métiers au sein de cette chaîne. La recherche a aussi montré que 77 de ces métiers n’existent pas dans le Cadre d’Organisation des Métiers (OFO) du pays, utilisé par le Department of Higher Education and Training pour analyser le marché du travail national. Même ceux répertoriés dans l’OFO peuvent exiger que les apprenants acquièrent de nouvelles compétences ou qualifications pour être compétitifs.

Cependant, il a identifié plusieurs autorités sectorielles d’éducation et de formation offrant 27 qualifications professionnelles que les formateurs pourraient compléter afin de veiller à ce que les programmes d’études incluent des éléments spécifiques pour aider les professionnels de l’hydrogène vert à réussir. La collaboration entre plusieurs parties prenantes pertinentes peut combler les lacunes du marché du travail et favoriser une stabilité à long terme pour les nouveaux acteurs de la transition énergétique propre.

Par ailleurs, les personnes familières avec le potentiel d’adoption de l’hydrogène et les défis associés ont identifié plusieurs difficultés liées à l’emploi pour les nations latino-américaines. Le manque de connaissance et de compétences domestiques augmente des coûts déjà élevés de développement de l’hydrogène, et la plupart des projets actuels de la région nécessitent un soutien étranger.

Clara Rabelo Caiafa, doctorante à l’Eindhoven University of Technology, s’intéresse à la manière dont les pays en développement peuvent libérer le potentiel de l’énergie verte. Elle reconnaît que le transfert de connaissances joue un rôle important, mais même si davantage de pays ont pris des engagements en matière de transfert de connaissances, beaucoup restent souvent inefficaces. Ils ne mobilisent pas des ressources suffisantes et privilégient souvent les intérêts du pays donateur plutôt que ceux des bénéficiaires de l’appui éducatif, affirme Caiafa.

Analyses du cycle de vie

L’eau est le seul sous-produit de l’énergie hydrogénée, mais les recherches suggèrent que toute nation envisageant une participation accrue à l’économie de l’hydrogène devrait d’abord réaliser des analyses complètes du cycle de vie.

Une étude menée en juin 2024 a révélé que ces projets n’atteignent pas toujours les bénéfices climatiques escomptés. Cette recherche concerne les pays en développement car elle a été conduite par des chercheurs néerlandais. Des responsables des Pays-Bas ont investi dans des pays dotés d’un fort potentiel en énergies renouvelables, notamment la Namibie et le Brésil.

L’étude a impliqué la microbiologiste de l’environnement Kiane de Kleijne qui a calculé les émissions de gaz à effet de serre associées à plus de 1 000 projets d’hydrogène prévus. La chercheuse a noté que la production de ce gaz n’émet pas de CO2, mais les initiatives ne peuvent réduire les émissions que si elles utilisent une énergie propre. Même dans ce cas, la fabrication des éoliennes et des panneaux solaires s’accompagne d’émissions.

De Kleijne précise que des analyses complètes du cycle de vie peuvent révéler que les projets prévus n’apporteront pas les gains environnementaux escomptés. Toutefois, elle recommande plusieurs stratégies pour maximiser les réductions d’émissions, notamment en privilégiant les pays les mieux adaptés à l’énergie renouvelable en raison de leur ensoleillement et de leur vent abondants.

Elle soutient également que les émissions liées au transport du hydrogène vers des pays éloignés peuvent annuler les avantages environnementaux, les décideurs devant choisir les méthodes les plus appropriées. Plus précisément, ses recherches indiquent que les pipelines présentent les émissions de transport les plus basses pour les courtes distances, tandis que le transport par bateau est l’option la moins émettrice pour les trajets plus longs.

Ces détails soulignent l’importance de prendre en compte toutes les sources et types d’émissions avant de se lancer dans un projet d’hydrogène. Les dirigeants des pays en développement doivent adopter cette approche équilibrée pour éviter d’être déçus par les résultats. Des recherches approfondies fournissent des analyses exactes du cycle de vie qui les renseignent sur le moment où il convient de passer à l’étape suivante.

Surmonter les défis pour maximiser les opportunités

Aucun projet d’hydrogène n’est exempt d’obstacles, mais ceux des pays en développement peuvent les rencontrer avec une acuité accrue par rapport à des parties mieux pourvues en ressources. Heureusement, toutefois, bon nombre d’entre eux disposent de conditions idéales pour une transition énergétique prospère, surtout si leurs conditions climatiques permettent de soutenir le déploiement d’autres sources d’énergies renouvelables afin de compléter l’hydrogène.

Comme de nombreux projets proposés prévoient le soutien de pays développés envers les pays en développement, les parties concernées peuvent participer à ces efforts, quel que soit leur lieu de résidence. Si des habitants des pays développés apprennent que leurs dirigeants pourraient bientôt soutenir la production d’hydrogène vert dans un pays en développement, ils devraient envisager fortement de les encourager à rester attentifs aux questions identifiées ici et ailleurs. Des appels téléphoniques, des courriels, des campagnes sur les réseaux sociaux et des pétitions de citoyens peuvent rappeler aux dirigeants que les citoyens ont remarqué et aspirent collectivement à obtenir les meilleurs résultats.

De plus, les parties directement impliquées dans la mise en œuvre de programmes d’énergie propre basés sur l’hydrogène devraient évaluer tous les emplacements potentiels afin de comprendre avec précision les avantages et les inconvénients. Elles doivent aussi élaborer des calendriers réalistes pour combler les lacunes en matière de main-d’œuvre, d’éducation et d’infrastructures. Des jalons périodiques peuvent maintenir chacun responsable, tandis qu’une communication continue incite les entités à partager leurs observations, leurs difficultés et leurs succès.

Déterminer les résultats probables d’une augmentation de la production d’hydrogène dans un pays en développement peut prendre des années. Toutefois, des évaluations minutieuses fournissent à tous des informations fiables pour guider leurs décisions. Des études de cas réussies peuvent inspirer d’autres dirigeants nationaux à prendre plus au sérieux leurs ambitions jadis vagues, surtout si ces exemples offrent des recommandations concrètes.

Élargir l’économie de l’hydrogène

Inclure les pays en développement dans la transition énergétique verte peut constituer une voie viable pour leur offrir des sources de revenus supplémentaires et accroître leur compétitivité nationale. Bien que cette vue d’ensemble mette en lumière certaines des difficultés bien connues, elle illustre aussi les nombreuses opportunités qui peuvent renforcer la position d’une nation parmi ses pairs mondiaux tout en offrant davantage d’opportunités sur le marché du travail pour ses habitants.

Plus sur le sujet : Comment l’hydrogène vert peut devenir une solution climatique rentable

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.