L’empreinte carbone du football : dévoiler l’impact environnemental du sport roi

Les émissions des clubs de football indépendants ont été difficiles à quantifier, car leur production de carbone varie en fonction de leur taille et de leur situation géographique. Cependant, il a été systématiquement démontré que le principal responsable de l’impact environnemental du football demeure les déplacements des fans et des équipes, qui génèrent une empreinte carbone considérable.

Il est estimé que l’industrie mondiale du football émet plus de 30 millions de tonnes de dioxyde de carbone chaque année, ce qui équivaut à peu près aux émissions totales produits par le Danemark. Cette chiffres souligne l’ampleur de l’impact environnemental associé à ce sport populaire.

Contribution des grands tournois internationaux

  • Coupe du Monde masculine 2022

La Coupe du Monde masculine 2022, organisée au Qatar, aurait généré environ 3,63 millions de tonnes de dioxyde de carbone équivalent (tCO2e). Environ 52 % de cette empreinte (soit 1,89 million de tonnes) provient du transport, tandis que l’hébergement représente 20 % de l’ensemble, avec 728 404 tCO2e. La construction temporaire (162 556 tCO2e) et permanente (654 658 tCO2e) des installations et des stades a également contribué à hauteur de 23 % des émissions totales. À ces chiffres s’ajoutent d’autres facteurs comme la logistique, les médias, la fabrication des matériaux et des marchandises, le fonctionnement des stades ainsi que la consommation d’électricité, de chauffage et de climatisation.

Malgré les déclarations de la FIFA selon lesquelles le tournoi aurait été neutre en carbone grâce à des offsetting compensatoires, les données montrent clairement que cette promesse n’a pas été tenue. De plus, l’événement n’a pas respecté les recommandations émises par la Commission suisse pour l’équité, organisme de régulation indépendant du secteur de la publicité et de la communication en Suisse.

Les analystes climatiques soulignent que le recours aux compensations de carbone est souvent exploitée pour justifier l’affirmation d’un « zéro émission » pour des événements sportifs. Ces pratiques servent parfois d’alibi pour éviter de réduire réellement les émissions, induisant une fausse impression de « neutralité climatique » alors que celles-ci restent très élevées ou même en augmentation.

  • Euro 2024 masculin

Comme évoqué précédemment, c’est principalement le déplacement des supporters qui génère la plus grande empreinte carbone dans le football. Aucun autre sport ne voit ses fans voyager aussi fréquemment ou en si grand nombre que lors du football. L’Euro 2020 s’est déroulé dans 11 pays européens, et cette année, le tournoi a lieu en Allemagne. La UEFA investit 32 millions d’euros (soit environ 34,6 millions de dollars) dans des initiatives durables pour faire de cet Euro le plus respectueux de l’environnement à ce jour.

Parmi ces mesures figurent un tarif forfaitaire de 29 €, permettant de voyager à prix réduit avec la Deutsche Bahn – le réseau ferroviaire national allemand – ainsi que la gratuité des transports locaux pendant 36 heures pour les détenteurs de billets, afin d’encourager le déplacement en train. Cependant, il reste à voir dans quelle mesure ces actions parviendront réellement à limiter les émissions ou à influencer les comportements. La majorité des supporters ne seront pas locaux, ce qui signifie qu’un grand nombre d’entre eux devront voyager depuis d’autres pays européens voire au-delà. D’après la UEFA, ce tournoi est prévu pour produire environ 490 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES), dont plus de 80 %, soit environ 400 000 tonnes, seront dues aux déplacements des fans. Le réseau ferroviaire allemand, ainsi que l’existant infrastructure sportive et de transport, et les stades écologiques limiteront par ailleurs d’autres sources d’émissions.

  • World Cups à venir

Le développement d’un football plus respectueux de l’environnement semble devoir prendre une tournure différente, car les futures Coupes du Monde envisagent de s’agrandir davantage. Les tournois de 2026 et 2030 seront organisés sur plusieurs continents et avec un nombre accru d’équipes (passant de 32 à 48). La Coupe du Monde 2026 sera répartie entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, tandis que la compétition de 2030 a été attribuée à l’Espagne, le Portugal et le Maroc, avec des matchs également organisés en Uruguay, en Argentine et au Paraguay pour célébrer le centenaire de l’événement.

Au-delà des questions de localisation, de déplacements et de construction des stades, les fédérations sportives doivent également prendre en compte la présence de sponsors lors de ces grands événements pour réduire leur empreinte carbone. Même si la Coupe du Monde 2022 avait été déclarée neutre en carbone, elle comprenait des sponsors comme Qatar Airways et Qatar Energy. La FIFA a aussi été critiquée pour ne pas avoir placé l’environnement au cœur de ses process de sélection et d’organisation, en attribuant le tournoi de 2034 à l’Arabie saoudite, un pays riche en pétrole.

Une Europe du football en expansion ou une menace environnementale ?

La prochaine saison verra une expansion notable du football de clubs en Europe, notamment en partie à cause de la proposition de Super League européenne, avec un ajout de 177 rencontres dans les trois principales compétitions de l’UEFA — la Ligue des champions, la Ligue Europa et la Conférence Europa.

Selon une étude de BBC Sport, cette augmentation du nombre de rencontres pourrait entraîner environ 2 milliards de kilomètres parcourus en avion par les supporters et les équipes lors de la saison 2024/25, soit une hausse par rapport aux 1,5 milliard de la saison précédente, 2022/23. Ces chiffres laissent penser qu’environ 500 000 tonnes de gaz à effet de serre supplémentaires seront émises, contribuant ainsi au réchauffement climatique. Pour donner un ordre d’idée, durant la saison 2022/23 (avec 32 équipes), environ 368 388 tonnes de CO2e avaient été libérées, alors que pour la saison 2024/25 (avec 36 équipes), la projection atteint 480 717 tonnes, rien que par le déplacement des équipes et des supporters.

Une ambition écologique pour le football ?

En 2016, l’Organisation des Nations Unies a lancé le cadre « Sports for Climate Action », invitant les acteurs du sport à réduire leur empreinte carbone et à atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. La Premier League s’est engagée en 2021 avec plusieurs clubs, parmi lesquels Arsenal, Liverpool, Tottenham et Newcastle, ainsi que des équipes non professionnelles ou européennes, à prendre des mesures indépendantes. La FIFA a également annoncé ses ambitions de diminuer ses émissions lors de ses grands événements et vise à devenir neutre en carbone en 2040.

En 2022, l’UEFA a rejoint la campagne « Race to Zero » des Nations Unies, s’engageant à réduire de moitié ses émissions d’ici 2030. Elle a également adopté un ensemble de directives pour aider les clubs à améliorer leur consommation d’énergie et d’eau, la construction d’infrastructures, ainsi que la fabrication des équipements et des vêtements sportifs.

Il reste encore beaucoup à faire

Le 6 mars 2024, l’UEFA a lancé son Calculateur d’Empreinte Carbone, un outil en ligne destiné à aider les clubs et équipes à gérer leur empreinte carbone, en intégrant non seulement les déplacements, mais également la consommation de biens, l’utilisation des installations et les services. Ce calculateur, qui bénéficie d’une vérification indépendante par des tiers, a été développé durant deux ans.

« Le Calculateur d’Empreinte Carbone de l’UEFA incarne notre ambition de démontrer que le football peut participer activement à la lutte mondiale contre le changement climatique », explique la vice-présidente de l’UEFA, Laura McAllister.

« En fournissant aux acteurs du sport des outils et des directives, nous facilitons une action collective pour un avenir plus durable, pour notre discipline comme pour la planète. Ensemble, nous pouvons montrer aux gouvernements, investisseurs, supporters et partenaires commerciaux que le football s’engage à combattre le changement climatique de manière coordonnée et stratégique. »

Ce nouvel outil doit aussi permettre aux clubs « d’appréhender » la taille de leur empreinte carbone et de les encourager à réduire leurs émissions, selon Michele Uva, directeur de la durabilité à l’UEFA.

Les jeunes supporters de football, conscients de l’environnement

Une étude réalisée par Rising Ballers, une agence de médias numériques spécialisée dans le football basée au Royaume-Uni, a révélé que 72 % des supporters de la génération Z se soucient de l’environnement, et que 61 % pensent que le football devrait devenir plus écologique.

Les résultats ont également montré que 40,2 % des jeunes supporters estiment que la production de déchets est le principal facteur contribuant à l’empreinte carbone élevée du football, devant le transport (32,5 %), les stades (18,1 %) et la nourriture et les boissons (9,2 %). Bien que la gestion des déchets soit un aspect important, elle ne dépasse pas l’impact du transport. La sensibilisation accrue et l’éducation, notamment sur l’éco-mobilité lors des déplacements vers et depuis les matchs, sont des éléments clés pour encourager un effort collectif en faveur de la réduction de l’empreinte du football.

Ce rapport met aussi en lumière une opportunité pour les marques, dans un contexte où le football devient de plus en plus conscient de sa responsabilité écologique : 54 % des jeunes supporters seraient prêts à privilégier une marque plus respectueuse de l’environnement plutôt qu’une option traditionnelle. Cela ouvre de nouvelles perspectives pour les sponsors, qui peuvent exploiter la convergence entre football et développement durable. Les supporters représentent une communauté complexe, aux habitudes et aux intérêts variés, qui dépasse largement le simple plaisir du jeu. Capitaliser sur ces intérêts peut offrir un levier d’engagement puissant pour les marques souhaitant créer une connexion authentique avec cette audience mondiale.

Perspectives d’avenir

Les jeunes façonnent une grande partie de l’évolution du football aujourd’hui, que ce soit par leurs choix de sponsoring, leurs comportements lors des événements ou leur consommation de contenus. En promouvant des activités écologiques et en sensibilisant le public jeune au changement climatique, le football pourrait jouer un rôle majeur dans la réduction de ses émissions de carbone, tout en avançant vers ses objectifs de neutralité carbone à long terme.

L’environnement influence directement le football en assurant des conditions météorologiques adéquates et en fournissant les ressources naturelles essentielles comme les terrains pour jouer. Cependant, l’impact environnemental du sport peut compromettre sa pérennité s’il n’est pas pris en compte par les instances dirigeantes, notamment en ce qui concerne la réduction des émissions de carbone. Comment continuer à apprécier ce jeu magnifique si nous ne prenons pas soin de l’environnement qui le rend possible ? C’est une question à méditer.

Cet article a été publié initialement le 2 avril 2024.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.