Tout savoir sur le nouveau visa climatique unique en France pour les citoyens de Tuvalu

Face à la « menace existentielle que représente le changement climatique », la nouvelle initiative de visa offre aux citoyens de Tuvalu une voie vers la résidence permanente en Australie. Depuis la mi-juin, plus d’un tiers de la population tuvaluane s’est inscrite en ligne pour participer à un scrutin destiné à obtenir ce tout premier visa climatique au monde.

Plus de 1 000 citoyens de Tuvalu ont déjà postulé à ce scrutin pour obtenir un visa australien depuis l’ouverture de la procédure plus tôt ce mois-ci. Lorsqu’on prend en compte leurs familles – y compris les conjoints et les enfants – le total dépasse 4 000 personnes. Pour un archipel d’environ 10 000 habitants, ce chiffre est particulièrement impressionnant.

Comment fonctionne le visa ?

Le Pacific Engagement Visa (PEV) – Canal traités (Tuvalu) a été mis en place dans le cadre d’un accord bilatéral entre l’Australie et Tuvalu, regroupant trois enjeux essentiels : la coopération climatique, la mobilité et la sécurité.

Ce chemin vers la résidence permanente est accessible à tous les citoyens de Tuvalu âgés de plus de 18 ans, à condition qu’ils n’aient pas acquis leur nationalité tuvaluane par une investissement dans le pays et qu’ils ne soient pas citoyens néo-zélandais. Bien qu’il ne s’agisse pas expressément d’un « visa climatique », la Nouvelle-Zélande propose également aux citoyens de Tuvalu, ainsi qu’à ceux de trois autres nations insulaires du Pacifique, une possibilité d’installation définitive via un système de tirage au sort.

Chaque année, jusqu’à 280 Tuvaluans pourront obtenir ce visa, qui leur permet de travailler, d’étudier ou de résider en Australie. Contrairement à d’autres dispositifs pour les citoyens du Pacifique, il ne nécessite pas d’offre d’emploi préalable.

Pour en faire la demande, les candidats doivent tout d’abord s’inscrire à un tirage au sort en ligne, ouvert depuis le 16 juin et qui fermera le 18 juillet. La sélection aléatoire sera ensuite effectuée à partir du 25 juillet, jusqu’en janvier 2026.

Un premier visa climatique à l’échelle mondiale

Bien que le visa en lui-même ne fasse pas référence au changement climatique, le traité bilatéral entre l’Australie et Tuvalu qui en est à l’origine évoque explicitement cette menace. Signé fin 2023, le traité de l’Union Falepili entre l’Australie et Tuvalu vise à protéger les intérêts communs en matière de sécurité, de prospérité et de stabilité « face à la menace existentielle que représente le changement climatique ».

Reconnaissant que le changement climatique constitue la « plus grande préoccupation en matière de sécurité nationale » pour Tuvalu, l’Australie s’est engagée à soutenir cette petite nation en cas de catastrophes naturelles et pour l’adaptation face aux impacts climatiques. Par ailleurs, la composante mobilité du traité a instauré une voie spécifique permettant aux Tuvaluans de vivre, d’étudier et de travailler en Australie en toute permanence, avec accès aux bénéfices réservés aux résidents permanents, tels que l’éducation publique et les services de santé.

Lors de l’annonce du traité en 2023, le Premier ministre australien Anthony Albanese a indiqué que cette démarche répondait à une requête de Tuvalu « pour protéger l’avenir de leur population, leur identité et leur culture ».

« C’est pourquoi nous aidons à l’adaptation, mais nous offrons aussi la sécurité que représentent ces garanties pour le peuple de Tuvalu, qui souhaite préserver sa culture et continuer à exister en tant que nation », avait-il déclaré à l’époque.

Située à seulement 5 mètres au-dessus du niveau de la mer, l’expert ont alerté que jusqu’à 90 % de l’archipel pourrait être submergé d’ici à 2100. Mais la petite nation, peuplée de près de 11 000 habitants, fait face à d’autres menaces liées au climat, telles que la pénurie d’eau, la perte d’écosystèmes vitaux et l’intensification des événements climatiques extrêmes, qui provoquent une instabilité financière ainsi qu’une perte culturelle considérable.

Au cours des cinquante dernières années, près de 1 500 catastrophes dans le Sud-Ouest du Pacifique ont causé la mort de 66 951 personnes et entraîné plus de 185 milliards de dollars de pertes économiques, d’après l’Organisation météorologique mondiale.

Malgré une contribution dérisoire de 0,02 % aux émissions mondiales, les 14 États insulaires en développement, dont Tuvalu, sont parmi les plus vulnérables face aux risques climatiques. Le niveau de la mer dans cette région a augmenté presque deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et la température de la surface marine a augmenté trois fois plus rapidement depuis les années 1980. En 2019, des modèles élaborés par le Bureau australien de météorologie ont prévu que les sécheresses et inondations liées au changement climatique dans la région avaient déjà augmenté de 30 % en fréquence. Selon ces projections, elles devraient augmenter de 90 % au cours du premier moitié de ce siècle, puis de 130 % dans la seconde moitié.

D’autres voies possibles

Un autre chemin vers l’obtention de la résidence permanente en Australie pour les ressortissants du Pacifique et du Timor-Leste est le Pacific Engagement Visa. Les citoyens des 10 pays participants, âgés de 18 à 45 ans, ainsi que leurs partenaires et leurs enfants, peuvent postuler chaque année pour l’une des 3 000 visas disponibles via un tirage au sort en ligne. En devenant résidents permanents, ils auront accès au système de santé universel australien, Medicare, ainsi qu’aux écoles publiques, aux aides à la garde d’enfants et aux allocations familiales.

En 2024, ce programme a prévu d’attribuer 100 visas aux citoyens de Tuvalu.

Il a aussi réservé 1 515 visas pour les ressortissants de Papouasie-Nouvelle-Guinée, 300 chacun pour Fidji, Timor-Leste et Tonga, 150 pour les îles Salomon, Nauru et Vanuatu, ainsi que 24 pour les États fédérés de Micronésie et 11 pour Palau.

Une course contre la montre

Cette ruée vers le nouveau visa climatique australien est emblématique de la menace existentielle à laquelle sont confrontés des dizaines de pays à travers le monde.

Les risques croissants liés au changement climatique risquent de remodeler la carte du monde, en modifiant durablement les frontières, les cultures et la géopolitique. Si la communauté internationale n’agit pas rapidement, la disparition de Tuvalu ne sera qu’un prélude à de vastes pertes et souffrances à l’échelle mondiale.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.