Les pays en développement déçus du premier impôt carbone sur le transport maritime : trop peu, trop tard

Vingt-quatre nations particulièrement vulnérables au changement climatique, qui avaient jusque-là soutenu une proposition visant à imposer une taxe forfaitaire à haute valeur, alignée sur une limite de réchauffement de 1,5°C, ont exprimé leur déception face à l’accord final. Elles ont considéré que cette initiative « ferait trop peu, trop tard », pour réduire réellement les émissions du secteur maritime et protéger leurs îles face aux effets du changement climatique.

Les représentants diplomatiques ont finalement trouvé un consensus sur une politique climatique essentielle pour le transport maritime mondial, même si celle-ci reste insuffisante face aux objectifs du secteur en matière de réduction des émissions et à la préservation des nations les plus vulnérables aux impacts environnementaux.

Ce consensus a été atteint à l’issue de deux semaines de négociations qui se sont déroulées au siège de l’Organisation Maritime Internationale (OMI), l’agence spécialisée de l’ONU en charge du secteur maritime, et il a été annoncé ce vendredi.

À partir de 2028, un nouveau système de taxation sera mis en place. Celui-ci affectera tous les navires opérant à l’échelle mondiale. Selon ce dispositif, les navires seront facturés en fonction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Dans un premier temps, les navires utilisant encore du carburant fossile traditionnel devront s’acquitter d’une taxe de 380 dollars pour leurs émissions les plus importantes, avec en plus une surtaxe de 100 dollars par tonne d’émissions dépassant un seuil prédéfini.

Il s’agit là du premier régime mondial de tarification du carbone dans un secteur industriel pollueur.

Les navires pourront également échanger des crédits carbone entre eux. Ce mécanisme vise à encourager les opérateurs à transformer leurs navires, en leur permettant d’adopter des carburants à faibles émissions ou d’améliorer leur efficacité opérationnelle. La mise en œuvre de ces mesures est censée favoriser une réduction progressive des émissions du secteur maritime mondial.

Une déception notable

Ce compromis a été approuvé par une majorité de 63 voix contre 16. Dans le contexte, plusieurs grands pays dont la Chine — le plus gros propriétaire de navires au monde —, le Brésil, ainsi que d’autres économies émergentes, ont initialement exprimé leur opposition à la taxe. Cependant, ils ont finalement voté en faveur de l’accord sur le marché du carbone, acceptant de faire un compromis pour le mécanisme d’échange.

Parmi les nations opposées, figuraient des États pétroliers tels que l’Arabie saoudite, le Qatar, le Venezuela, les Émirats arabes unis et la Russie.

Vingt-quatre pays, dont neuf États insulaires du Pacifique, se sont abstenus lors du vote. La délégation pacifique a déclaré, dans un communiqué, que l’accord « ferait trop peu, trop tard » pour réduire réellement les émissions du secteur maritime et assurer la protection de leurs îles vulnérables face aux effets du changement climatique. Ces nations faisaient partie d’une coalition regroupant plus de 50 pays à travers l’Europe, l’Afrique, l’Asie et les Caraïbes, représentant une majorité de la flotte mondiale. Ces pays avaient soutenu la proposition d’une taxe fixe à un niveau de 1,5°C d’alignement, correspondant à une contribution financière élevée par tonne de carbone émise.

Selon le Guardian, cette nouvelle taxe devrait rapporter environ 10 milliards de dollars chaque année, une somme bien inférieure aux 60 milliards de dollars qu’aurait permis de collecter une taxe carbone forfaitaire. Les revenus générés seront principalement réinjectés dans le secteur maritime afin de favoriser l’adoption de technologies plus propres, au lieu d’être redistribués à des pays vulnérables confrontés à des événements météorologiques extrêmes, comme cela aurait été le cas avec une taxe forfaitaire.

Les projections indiquent que cette nouvelle politique pourrait permettre une réduction des émissions d’environ 8 % d’ici à 2030. Cependant, selon le dernier végétal stratégique de l’OMI, la réduction globale des gaz à effet de serre du transport maritime international doit atteindre au moins 20 % d’ici 2030 par rapport à 2008, dans le but d’atteindre la neutralité carbone vers 2050.

Ralph Regenvanu, ministre de l’Environnement de Vanuatu, a fermement dénoncé cet écart, déclarant : « Soyons clairs : ceux qui ont abandonné l’objectif de 1,5°C sont l’Arabie saoudite, les États-Unis et leurs alliés du secteur des combustibles fossiles. Ils ont réduit les chiffres à un niveau intenable et bloqué toute avancée à chaque étape. »

Cette nouvelle réglementation sera formellement adoptée en octobre et devrait entrer en vigueur en 2028, mais plusieurs détails restent encore à finaliser.

Le secteur maritime constitue une artère essentielle du commerce mondial, acheminant près de 90 % des marchandises à travers les mers. Cependant, il demeure aussi l’un des secteurs les plus émetteurs de CO2, étant fortement dépendant des combustibles fossiles, et responsable d’environ 3 % de toutes les émissions mondiales de gaz à effet de serre, principalement le dioxyde de carbone. Si la navigation était un pays, elle figurerait en sixième position des pollueurs, derrière la Chine, mais devant l’Allemagne, selon la Banque mondiale.

Le retrait des États-Unis

Mercredi, les États-Unis ont confirmé qu’ils se retireraient des négociations en cours.

Dans une note confidentielle divulguée et envoyée aux ambassadeurs, le gouvernement américain a indiqué qu’il « rejette tous les efforts visant à imposer des mesures économiques contre ses navires en se basant sur les émissions de GES ou le choix du carburant », et a exhorté « votre gouvernement à reconsidérer son appui aux mesures sur les émissions de GES en discussion. »

Confirmant cette position, un porte-parole du Département d’État a précisé que la politique de l’administration consiste à placer en priorité les intérêts des États-Unis dans « l’élaboration et la négociation de tout accord international », selon Reuters.

Les États-Unis ont également promis d’étudier « des mesures réciproques » afin de compenser tout coût ou taxe que leurs navires pourraient devoir supporter si l’OMI adopte de nouvelles mesures contraignantes sur les émissions.

Ainsi, la position américaine montre une volonté de se distancer du consensus, tout en restant prudent quant à ses engagements futurs dans la régulation climatique maritime.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.