Les pays ont l’obligation légale de protéger le droit à un climat stable, selon la plus haute juridiction française

Avancement historique : Conseil Interaméricain des Droits de l’Homme (CIDH) adopte un avis consultatif sur le climat et les droits humains

Dans son avis tant attendu, le Conseil Interaméricain des Droits de l’Homme (CIDH) a également confirmé que les États ont l’obligation légale de protéger les défenseurs de l’environnement et de garantir l’accès à la justice pour tous. Cet arrêt marque une étape importante dans la reconnaissance des enjeux liés au changement climatique et aux droits fondamentaux dans la région.

Les États et les entreprises ont des obligations contraignantes pour faire face à la crise climatique

La Cour suprême des droits de l’homme en Amérique latine a statué jeudi que les États ainsi que les sociétés ont des devoirs juridiquement contraignants en vertu du droit international pour répondre à la crise climatique, actuellement considérée comme une urgence en matière de droits humains. La juridiction a souligné que cette crise impose des obligations précises, notamment de traiter les questions environnementales comme une priorité, car elle constitue une menace pour la survie même de nombreuses populations et écosystèmes.

Une reconnaissance claire du droit à un climat sain

Interrogée sur la manière dont les obligations juridiques existantes s’appliquent face à l’urgence climatique, la Cour a élaboré une série de normes légales. Elle a notamment reconnu que le droit à un climat sain doit être considéré comme un droit humain, et que les États comme les entreprises ont la responsabilité d’éviter des dommages irréparables à l’environnement. La Cour insiste sur la nécessité de préserver et de restaurer les écosystèmes, tout en abordant la question des émissions et de la régulation des activités industrielles sources de pollution.

“Les dégâts environnementaux massifs et irréversibles modifient les conditions d’une vie saine sur Terre à un degré tel qu’ils ont des conséquences d’une ampleur existentielle. Par conséquent, ils exigent des réponses juridiques universelles et efficaces,” a déclaré la présidente de la Cour, Nancy Hernández López.

Un rapport de 234 pages soulignant l’urgence et les devoirs des États

Ce rapport d’avis, document de 234 pages, expose la vision du tribunal concernant la situation d’urgence climatique et ses implications pour les droits humains. Il affirme que tous les États de la région ont l’obligation légale de protéger à la fois les générations présentes et futures contre les effets du changement climatique. Les mesures recommandées incluent la réduction urgente des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation aux impacts, la coopération internationale, ainsi que la lutte contre la désinformation climatique et les pratiques de greenwashing.

Une avancée historique sur le droit à un environnement sain

Lors de la présentation de cet avis à San José au Costa Rica, la juge López a déclaré pour la première fois que le droit à un environnement sain inclut désormais celui d’un climat stable – tant pour les individus que pour la coexistence harmonieuse des différentes espèces. La Cour avait déjà reconnu un droit à un environnement sain dans un avis d’étape publié en 2017, mais cette nouvelle étape affirme plus clairement que ce droit englobe la stabilité climatique en tant que composante essentielle.

Responsabilités des États en matière d’émissions et d’exploitation des ressources

Dans le détail, la Cour a confirmé que les États ont des obligations légales strictes pour réglementer et contrôler les émissions provenant des secteurs public et privé. Elle a notamment pointé l’exploitation, l’extraction, le transport et le traitement des combustibles fossiles, la fabrication de ciment et l’industrie agroalimentaire comme étant des domaines nécessitant une régulation rigoureuse. La Cour recommande aux États d’envisager la demande de compensations auprès des entreprises qui ne respectent pas les normes environnementales, ainsi que la mise en place de législations obligeant les multinationales à répondre de l’impact climatique de leurs filiales.

Il a également insisté sur la nécessité pour les États de demander des comptes aux entreprises transnationales pour leur contribution aux émissions polluantes, notamment via des lois et réglementations nationales et internationales. La responsabilité des grandes firmes en matière d’impact environnemental et climatique est désormais clairement reconnue comme un aspect incontournable de la gouvernance et de la justice climatique.

Une défense accrue des acteurs clés : les défenseurs de l’environnement

Le rapport accorde une attention particulière à la protection des défenseurs de l’environnement, dont beaucoup sont issus des populations indigènes, et qui jouent un rôle crucial dans la lutte contre la dégradation écologique. La Cour a affirmé que les États ont non seulement le devoir de protéger ces acteurs vulnérables, mais aussi de mener des enquêtes effectives, de punir les responsables des agressions et de garantir leur accès à la justice.

Selon le rapport de l’ONG Global Witness, entre 2012 et 2023, plus de 2 106 défenseurs de l’environnement ont été assassinés, la majorité étant issus des communautés autochtones. La faiblesse des protections juridiques, la corruption endémique et les conflits violents liés à l’exploitation des terres et des ressources rendent l’Amérique latine l’un des régions les plus dangereuses pour les militants écologistes.

“Sans défenseurs de l’environnement, il n’y a pas de justice climatique,” a déclaré la juriste senior du Centre de Droit Environnemental International (CIEL), Luisa Gómez Betancur, ajoutant que l’avis de la Cour a clairement indiqué que leur protection “n’est pas une option, mais une obligation.”

Un avis qui impose une obligation urgente d’agir

Pour la présidente López, le changement climatique représente “des risques extraordinaires” qui touchent de manière disproportionnée les segments les plus vulnérables de la société. Elle a conclu en soulignant qu’il n’y a pas de place pour la procrastination en matière d’action climatique, insistant sur la nécessité de mesures immédiates et concrètes pour empêcher la catastrophe.

Une portée sans précédent et un précédent juridique

L’avis publié cette semaine intervient deux ans après la demande conjointe de la Colombie et du Chili, regroupant une participation record avec plus de 260 contributions écrites et 160 déclarations orales lors des audiences menées l’année dernière à la Barbade et au Brésil. La Cour, qui couvre 20 pays d’Amérique latine et des Caraïbes, a affirmé que ses conclusions, basées sur une synthèse de lois nationales, régionales et internationales, devraient faire office de guide pour la réponse climatique de tous les États de la région, y compris ceux qui n’ont pas encore ratifié la Cour.

Bien qu’elle ne soit pas directement contraignante sur le plan juridique, cette opinion consultative, qui constitue une revue du droit international, possède une force juridique considérable. Elle tend à influencer la future législation et la jurisprudence dans le domaine climatique. Selon Nikki Reisch, directrice du programme « Climat et Énergie » du CIEL, « la Cour a ouvert une voie nouvelle, fixant un précédent puissant en affirmant le droit humain à un climat sain, à la réparation des dommages climatiques, et en prohibant strictement toute conduite provoquant des dégâts irréversibles à l’environnement et au climat, fondement de toute vie. »

Un sujet de réflexion essentiel : un nouveau jalon

Ce jeudi a marqué la deuxième fois qu’un tribunal international émet un avis consultatif sur le changement climatique, après celui de la Cour permanente d’arbitrage de la mer en mai dernier. La Cour de Justice des Nations Unies devrait également rendre prochainement un avis sur les obligations des États en matière de protection du climat et de l’environnement en général. Par ailleurs, en mai, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a été saisie pour examiner le respect par certains États africains de leurs devoirs internationaux dans la lutte contre le changement climatique.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.