Pourquoi l’accord sur la pandémie est essentiel pour la protection des animaux

Lorsque nous protégeons les animaux, nous protégeons également nos propres vies et notre planète.

Le mois dernier, un tournant historique a été franchi. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a adopté un Accord Pandémique visant à renforcer la coopération mondiale pour prévenir, préparer et faire face aux futures pandémies. Cette étape marque une avancée majeure dans la gestion globale des crises sanitaires, mais peu de sites d’information ont souligné un aspect fondamental de cet accord : sa capacité à préserver la santé des animaux et des écosystèmes.

La pandémie de Covid-19 a été un puissant réveil. Elle a mis en lumière les conséquences profondes et mondiales que peuvent avoir des maladies infectieuses émergentes, dont la majorité prend racine chez les animaux. Des maladies telles que le Covid-19, Ebola, Zika, le VIH, la grippe aviaire, et bien d’autres encore, sont apparues à l’intersection des mondes humain, animal et environnemental. Ces virus se propagent en raison de la surexploitation de la faune sauvage, de la déforestation et de pratiques d’élevage intensif irresponsables. En substance, si nous souhaitons éviter la répétition de telles crises, il est urgent d’agir sur ces causes profondes. L’Accord Pandémique nous offre une opportunité précieuse pour le faire.

Un aspect clé de cet accord est l’intégration du concept « Une seule Santé ». Il s’agit de reconnaître que la santé humaine, animale et environnementale sont indissociablement liées. C’est la première fois que des nations signent un accord international contraignant qui accepte cette réalité, ce qui signifie qu’elles seront désormais tenues responsables de leur engagement dans cette démarche.

Face aux enjeux du changement climatique et de la perte de biodiversité, continuer à ignorer cette interdépendance n’est plus envisageable. Nos activités humaines ne se limitent pas à nuire aux écosystèmes ; elles créent également un terreau fertile pour la propagation de virus pathogènes, d’un animal à l’autre, puis à l’humain. Plus l’homme s’immisce dans les habitats naturels, commerce la faune ou pratique une agriculture intensive, plus nous déséquilibrons le système, augmentant la probabilité de futures pandémies.

Protéger les animaux, c’est prévenir les pandémies

Les données scientifiques sont sans équivoque. Des rapports émanant du Programme des Nations Unies pour l’environnement ainsi que du Groupe d’experts intergouvernemental sur la biodiversité et les services écosystémiques ont identifié, comme principaux moteurs des pandémies, le commerce illégal d’animaux sauvages, la modification des terres et l’élevage intensif. Cependant, il n’est pas trop tard pour agir. En s’attaquant à ces causes, nous pouvons diminuer le risque de crises sanitaires avant qu’elles ne surgissent.

Une meilleure prise en charge des animaux est non seulement une question d’éthique, mais aussi une étape pragmatique dans la prévention des pandémies. La santé des animaux joue un rôle essentiel dans la régulation des maladies. Les animaux en bonne santé, élevés dans de meilleures conditions, avec une alimentation adaptée, sont moins vulnérables aux maladies. Au contraire, des conditions de vie dégradées affaiblissent leur système immunitaire, favorisant l’émergence, la mutation et la diffusion de maladies.

Le commerce illégal de la faune sauvage représente un risque supplémentaire pour la santé publique, notamment par le biais de l’hygiène déplorable dans des marchés où se concentrent de nombreux animaux, ainsi que par le contact fréquent entre ces derniers et les humains. Les élevages intensifs, concentrés en nombre et souvent maltraitants, sont également susceptibles de provoquer des épidémies. Pire encore, ces élevages utilisent massivement des antibiotiques, ce qui contribue à la montée de la résistance antimicrobienne (RAM), une menace majeure pour la santé mondiale.

Le l Accord Pandémique insiste justement sur l’urgence d’agir à l’intersection entre humains, animaux et environnement. Il prône notamment une utilisation responsable des antimicrobiens dans tous les secteurs concernés et une réduction des risques liés aux interactions entre ces différentes sphères.

Un avenir plus sûr pour toutes les formes de vie

Pendant bien trop longtemps, la gestion des pandémies s’est concentrée sur la réaction face aux épidémies plutôt que sur la prévention. Or, la véritable prévention commence bien en amont, en transformant nos modes de vie, nos pratiques agricoles et nos comportements vis-à-vis de la nature.

La manière dont nous traitons les animaux et interagissons avec notre environnement est entièrement sous notre contrôle. Des pratiques d’élevage déplorables augmentent les risques de pandémies, mais cette même logique montre qu’en améliorant nos interactions avec les animaux, nous pouvons également réduire ces risques. Même si nous ne pouvons pas toujours éviter une crise sanitaire, nous pouvons la retarder et en atténuer les conséquences.

Cette opportunité ne doit pas être laissée passer. L’Accord Pandémique nous offre une occasion unique de repenser notre rapport avec la nature, en stoppant la destruction des habitats, en restaurant des écosystèmes entiers, en mettant fin au commerce à haut risque de la faune sauvage, et en adoptant des pratiques agricoles plus humaines, durables et respectueuses du bien-être animal. Il s’agit également d’investir dans la santé et le confort des animaux, non seulement pour préserver la santé humaine, mais parce que ces êtres sensibles méritent notre protection en tant qu’individus à part entière.

Préparer l’avenir face aux pandémies, c’est avant tout faire preuve d’unité, car personne n’est en sécurité tant que tout le monde ne l’est pas. La sécurité doit englober tous les êtres vivants, humains comme non humains. Notre survie dépend de celle des autres espèces.


Une otarie à lèvres oranges repose sur une plage de la Géorgie du Sud, le 17 novembre 2023.

Les récentes flambées du virus de la grippe aviaire hautement pathogène A(H5N1), qui s’est propagé à des espèces telles que les vaches laitières, les visons, les chats, les chiens et les otaries, ont alerté la communauté scientifique. Plus un virus circule entre différentes espèces, plus il a de chances de s’adapter à l’humain. Des millions d’animaux ont déjà été affectés, avec des répercussions sur la santé humaine, leur bien-être et leur économie. Ce phénomène rappelle brutalement que les pandémies ne débutent pas dans les hôpitaux, mais dans les forêts, sur les exploitations agricoles et dans les marchés.

Pour être véritablement efficace, il faut considérer le rôle des animaux non seulement comme porteurs de maladies, mais aussi en tant qu’êtres sensibles, accompagnant la prévention. Au bout du compte, la prévention des pandémies consiste à changer profondément nos modes de vie, nos méthodes d’élevage et nos interactions avec la planète.

Nous avons devant nous une opportunité unique de repenser la façon dont le monde se prépare à faire face aux menaces pour la santé en intégrant la vérité fondamentale : en protégeant les animaux, nous protégeons aussi notre avenir et celui de notre Terre. Ne laissons pas cette chance nous échapper.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.