iCOSHELLs est une initiative soutenue par l’Union européenne visant à atteindre l’objectif ambitieux de remettre 75 % des sols en bon état de santé d’ici 2030.
Par Lea Hüvelmeier-Schmidt
Le sol – cette fondation invisible de nos écosystèmes – est menacé. Partout en Europe, la pollution, l’étalement urbain, l’agriculture intensive et le changement climatique dégradent la qualité des sols. Pire encore, environ 60 % des sols de l’UE sont en mauvais état, mettant en danger la sécurité alimentaire et la biodiversité.
Mais l’espoir n’est pas perdu. La mission de l’UE « Un accord pour le sol en Europe » vise à restaurer 75 % des sols à un état de santé sain d’ici 2030. Les efforts pour y parvenir passent par le recours à des approches innovantes et par la coopération à travers le continent. L’un de ces projets prometteurs est iCOSHELLs. Il relie la recherche scientifique à l’action sur le terrain dans six “Living Labs” à travers l’Europe, couvrant le Pays Basque, la Bulgarie, la Grèce, l’Italie, le sud-est de l’Espagne et la Suède.
Les solutions à la dégradation des sols ne peuvent pas être universelles, compte tenu de la diversité des zones climatiques et des types de sols en Europe. Par exemple, une région peut être confrontée à une compaction des sols agricoles, tandis qu’une autre peut se concentrer sur la réhabilitation et la restauration de terres dans d’anciens sites industriels ou miniers.
L’approche interconnectée d’iCOSHELLs fait en sorte que les solutions relatives au sol soient conçues dans des conditions réelles, qu’il s’agisse de revitaliser des sols urbains compactés au Pays Basque, de restaurer des terres post-minière en Grèce ou d’optimiser les flux de nutriments sur des milliers d’hectares de terres agricoles en Suède. Un réseau de six Living Labs à travers l’Europe, piloté par des experts et des parties prenantes locaux, relie la théorie à la pratique.
Mesurer ce qui compte : le Catalogue d’indicateurs à impact global
Les comparaisons entre écosystèmes, des vignobles bulgares aux fermes semi-arides espagnoles, exigent des normes communes. C’est pourquoi CETENMA – partenaire d’iCOSHELLs en Espagne – élabore un catalogue d’indicateurs de la santé des sols, co-construit avec l’ensemble des Living Labs.
Il comprend 12 indicateurs essentiels, notamment :
- Physiques : densité apparente, composition granulométrique, capacité de rétention d’eau;
- Chimiques : pH, niveaux de nutriments, carbone organique et total, conductivité électrique, capacité d’échange cationique;
- Biologiques : diversité microbienne, respiration du sol.
Des échantillons sont prélevés avant, pendant et après les expériences, en utilisant des carottes composites, dans des laboratoires accrédités. Des tests interlaboratoires garantissent que les données restent comparables, même au-delà des frontières.
« Si nous testons des solutions dans des lieux différents, nous avons besoin d’indicateurs qui nous permettent de suivre l’amélioration », déclare Erik Sindhöj, chercheur à RISE-Suède et responsable scientifique du projet iCOSHELLs.
Le suivi de la santé des sols n’est pas qu’une question de données : c’est une base pour une transformation plus vaste.
Stratégie du sol pour une action à grande échelle
La restauration de la santé des sols produit des résultats concrets : rendements agricoles plus élevés, biodiversité renforcée et résilience face à la sécheresse et aux inondations. Mais pour déployer ces bénéfices à grande échelle, il faut une supervision rigoureuse, des protocoles clairs et des cadres partagés.
Cette approche est également inscrite dans les ambitions politiques de l’UE. La future loi sur la surveillance du sol imposera aux États membres d’adopter des Descripteurs et des méthodologies standardisés du sol, garantissant que le suivi des attributs du sol, du pH à la biodiversité, soit réalisé de manière cohérente à travers l’Europe. Des inventaires des sites contaminés, des protocoles harmonisés et un soutien adapté aux agriculteurs feront partie de cet effort unifié.
Pour soutenir cette ambition, l’Observatoire du sol de l’UE est en cours de développement comme une plateforme unique, un « tableau de bord des tableaux de bord », afin de fournir des données sur le sol à haute résolution, harmonisées et assurées de qualité à l’échelle du bloc. Son Tableau de bord Santé des sols rendra l’information accessible aussi bien aux décideurs politiques, aux chercheurs qu’aux citoyens, créant une base de preuves partagée pour l’action sur les sols.
Des initiatives complémentaires telles que les Repères de santé des sols, avec des protocoles d’échantillonnage harmonisés pour les sols urbains, agricoles et forestiers, et le Soil Health Data Cube, qui rassemble des indicateurs, des données topographiques et des modèles de culture dans un système en libre accès, démontrent comment des résultats de recherche comme iCOSHELLs peuvent s’intégrer à des infrastructures européennes plus vastes.
Ce n’est plus une simple aspiration mais un principe de conception systématique : grâce à des méthodes harmonisées et des plateformes de données partagées, les résultats issus d’un vignoble en Bulgarie ou d’un site minier en Grèce peuvent éclairer les stratégies de rétablissement des sols à travers le continent.
Plutôt que d’être une simple boîte à outils, l’initiative trace l’infrastructure nécessaire pour des solutions environnementales concrètes qui passent de l’action locale à la politique européenne.
Pourquoi cela compte
Des sols en bonne santé constituent la base de notre planète. Ils représentent des puits de carbone puissants, largement supérieurs en performance à ceux des forêts et des océans. Des sols dégradés privent notre capacité à nous nourrir, à filtrer l’eau et à freiner le changement climatique.
iCOSHELLs comblera le fossé entre des objectifs ambitieux de l’UE et une action significative, ancrée dans la science, enracinée dans les communautés et guidée par des données partagées.
À mesure que les espaces et les moyens de subsistance deviennent plus fragiles, les Living Labs nous montrent comment mesurer, gérer et multiplier le succès, en allant d’une recherche robuste à un sol résilient.
Lea Hüvelmeier-Schmidt est chef de projet et communicatrice scientifique à l’Institut européen de la communication scientifique (ESCI). Elle coordonne la diffusion des recherches, améliore la communication en ligne et organise des ateliers publics. Forte d’un parcours en marketing, relations publiques et médias, elle aide les scientifiques à transformer des idées complexes en récits convaincants qui touchent des publics divers et comblent le fossé entre la recherche et la société.