Trump prévoit d’ouvrir 59 millions d’acres de forêts nationales à l’exploitation forestière et minière

Le lundi, Brooke Rollins, secrétaire à l’Agriculture, a annoncé la volonté de l’administration de revenir sur une règle en vigueur depuis un quart de siècle, interdisant la construction, la reconstruction de routes et la récolte de bois sur de vastes zones du système forestier national.

L’administration Trump souhaite mettre fin à une réglementation instaurée à l’époque du président Clinton, qui bloquait l’exploitation forestière sur les terres des forêts nationales, comme l’a déclaré Rollins lors du rassemblement annuel de l’Association des gouverneurs de l’Ouest. Elle a ainsi annoncé un recul de ce qu’elle décrit comme la « règle anti-voies » ou « Roadless Rule ». Mise en place en 2001 sous l’administration Clinton, cette politique interdit la construction, la reconstruction de routes ainsi que l’exploitation forestière sur près de 59 millions d’acres du système forestier américain.

Ce changement intervient après un décret exécutif de mars et une note de service diffusée par Rollins en avril, qui préparaient le terrain pour une croissance significative de l’exploitation forestière industrielle dans les forêts fédérales.

Les organisations écologistes ont immédiatement réagi avec vigueur à cette annonce.

« La règle anti-voies a permis de préserver plus de 58 millions d’acres de nos forêts sauvages des coupes à blanc depuis plus d’une génération », a indiqué Drew Caputo, vice-président de la section Litiges concernant les terres, la faune et les océans chez Earthjustice. Il a ajouté : « L’administration Trump veut maintenant jeter ces protections forestières à la poubelle pour permettre à l’industrie du bois de réaliser d’énormes profits grâce à une exploitation sans restriction. Or, ces terres appartiennent à l’ensemble des Américains, pas à l’industrie forestière. » Caputo a également menacé d’engager des actions juridiques contre la nouvelle orientation si la remise en cause de cette règle venait à se concrétiser.

Plus de 1,6 million de commentaires du public ont été recueillis pour soutenir la mise en œuvre de cette règle, battant ainsi un record dans l’histoire législative du pays.

« Une fois de plus, l’administration Trump ignore la voix de millions d’Américains pour privilégier une distribution de bénéfices aux grandes entreprises, au détriment de l’environnement », a déclaré Alex Craven, responsable de la campagne forestière au sein du Sierra Club, organisation de défense de l’environnement.

Les groupes écologistes mettent en garde contre les conséquences environnementales de cette décision : ils craignent que l’exploitation forestière et minière ne provoque la pollution de l’air et de l’eau potable, tout en détruisant des habitats essentiels pour de nombreuses espèces animales telles que les condors de Californie, les ours grizzlys, les loups de la région de Yellowstone, mais aussi le saumon et la truite indigènes du Nord-Ouest Pacifique, ainsi que diverses espèces d’oiseaux migrateurs des forêts de l’Appalachie.

Par ailleurs, la déforestation a un impact direct sur le réchauffement climatique. Lorsqu’une forêt est détruite, le carbone qu’elle contenait est libéré dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone, contribuant de manière significative au phénomène de réchauffement global.

Rollins a justifié cette décision en évoquant la nécessité d’améliorer la gestion des incendies dans des régions comme l’Utah, le Montana et le Tongass en Alaska, où de vastes surfaces forestières sont protégées par la règle anti-voies. Cependant, cette justification semble en contradiction avec des études indiquant que la majorité des incendies prennent leur départ à proximité immédiate des routes et des zones habitées.

Selon le Centre pour la diversité biologique, une organisation non gouvernementale basée aux États-Unis, des décennies d’exploitation forestière, de suppression des incendies et de pâturage ont asséché les forêts à travers le pays. Cela accroît le risque de feux de grande envergure, intenses et difficiles à maîtriser.

Astrid Ménard

Astrid Ménard

Formée au journalisme et à l’éthique environnementale, j’écris pour dakorsen.com pour donner une voix à celles et ceux qui, partout en France et ailleurs, œuvrent pour la défense du vivant. À travers mes enquêtes et mes reportages, je cherche à éclairer les enjeux cachés de la crise écologique et à raconter des trajectoires de résistance et d’espoir.