Le charbon demeure une pioche tenace dans l’économie mondiale, avec des émissions en hausse de 0,9 % en 2024, principalement nourries par l’augmentation de la consommation en Chine, en Inde et en Asie du Sud-Est. Deux nouveaux rapports publiés à la COP30 exposent des actions concrètes qui pourraient accélérer la mise en œuvre sur le terrain de la transition énergétique liée au charbon.
Le charbon est le combustible fossile le plus polluant, produisant 41 % des émissions mondiales de CO2 fossile en 2024, alors qu’il ne représente qu’un tiers de la production énergétique. La combustion du charbon génère aussi de la pollution atmosphérique, contribuant à des milliers de décès chaque année. Entreprises et gouvernements appellent tous à l’élimination progressive des combustibles fossiles – charbon, gaz naturel et pétrole – lors du sommet climatique des Nations Unies COP30 qui se tient ce mois-ci au Brésil.
La Commission de transition du charbon (CTC), présidée par la France et l’Indonésie avec le soutien de l’Alliance Powering Past Coal, a publié deux rapports techniques lors de la COP30 afin de proposer aux gouvernements, aux opérateurs et aux financiers des solutions pour retirer des projets au charbon – même les plus récents – et repenser l’exploitation flexible des centrales à charbon dans les marchés émergents.
Le premier rapport de la CTC, Développer le pipeline des projets charbon-vers-propre, identifie environ 150 gigawatts de capacités charbon en fonctionnement dans le monde – soit environ un tiers du parc évalué – comme des opportunités à court terme pour envisager une mise à la retraite anticipée et leur remplacement par des énergies propres.
Le rapport examine le faible nombre de projets existants de mise à la retraite du charbon et esquisse des trajectoires pour faire croître ce nombre à l’échelle mondiale. Ces projets, connus sous le nom de « projets charbon-vers-propre », visent à remplacer la production d’électricité à partir du charbon par des sources d’énergie renouvelable ou d’autres sources d’énergie propres.
Le rapport estime qu’environ 150 GW – représentant 34 % du parc charbon évalué – présentent une opportunité significative à court terme pour une mise à la retraite précoce et un remplacement propre, avec des opportunités notables qui émergent en Asie de l’Est, en Europe, et parmi certaines centrales à charbon détenues par des producteurs indépendants dans les pays d’Asie du Sud-Est (ASEAN).
Paradoxalement, les centrales à charbon plus récentes pourraient être plus faciles à mettre à l’arrêt car il existe de meilleures opportunités de refinancement de la dette, d’ajustement des contrats existants ou d’accès à d’autres sources de revenus telles que des crédits de transition ou des financements basés sur les résultats pour soutenir leur fermeture anticipée, selon le rapport.
Dans d’autres projets, il sera nécessaire d’un capital concessionnel pour que les transactions soient viables. « La bonne nouvelle est qu’il existe déjà de nombreuses sources de financement accessibles », a ajouté Skorupska. « Les pays peuvent accéder à un soutien à grande échelle pour la transition, y compris 1,6 milliard de dollars dans le cadre du programme ACT des Climate Investment Funds, qui soutient actuellement la planification et des projets de charbon-vers-propre en Indonésie, aux Philippines, en République dominicaine, en Macédoine du Nord et en Afrique du Sud. »
Des mécanismes de crédits de transition charbon à haute intégrité sont en cours de développement par l’initiative Traction de l’Autorité monétaire de Singapour et l’Initiative Coal to Clean Credit de la Rockefeller Foundation.
L’Indonésie a été identifiée comme une cible clé pour les projets charbon-vers-propre. « L’Indonésie cherche activement à devenir un leader de la transition énergétique mondiale. Avec des plans crédibles pour la transition de notre système énergétique et un soutien international pour les réaliser, nous pouvons atteindre nos objectifs de croissance tout en réduisant nos émissions », a déclaré Farah Heliantina, adjoint au Secrétaire d’État en charge de l’Accélération de la Transition Énergétique au Ministère coordonnateur des Affaires économiques de l’Indonésie, et coprésidente de la CTC, dans un communiqué.
Le deuxième rapport, De la flexibilité à la suppression, s’attaque au vide de connaissances qui existe actuellement autour du rôle de la flexibilité du charbon dans les transitions charbon-vers-propre. Dans certaines situations, il conclut que exploiter les actifs charbon de manière flexible pourrait soutenir une intégration plus rapide des renouvelables à court terme, à condition que des mesures soient mises en place pour gérer le risque de prolonger indûment l’utilisation du charbon. Le document conclut également que la flexibilité n’est pas rarement une approche d’ensemble pour toute la flotte et doit être envisagée dans le cadre d’une stratégie de transition charbon plus large.
« La suppression du charbon n’est pas seulement l’un des défis les plus urgents pour maintenir l’objectif de 1,5 °C de l’accord de Paris à portée de main – c’est aussi une opportunité clé de favoriser une croissance durable tout en assurant la sécurité énergétique et la souveraineté. Ces rapports démontrent que des solutions pratiques émergent, qu’il faut désormais mettre à l’échelle », a déclaré Eleonoire Caroit, ministre en charge des partenariats internationaux pour la France et coprésidente de la CTC, dans un communiqué.
Au Vietnam, des projets pilotes sur l’installation Vinh Tan 4 ont démontré que l’exploitation flexible du charbon peut techniquement soutenir l’intégration des énergies renouvelables.